| Je circonscris
le sujet et décide de le réduire pour le moment à:
"Première étude des trous des serrures des bâtiments de la grand' rue de Soulac"
Je prends mon numérique, un papier, un carnet et commence le travail.
J'ai cru un instant que ce serait assez cool, mais j'avais mal pris la mesure des obstacles. Je dois d'abord braver l'incompréhension des aborigènes qui, du coin de l'oeil, me surveillent et semblent se demander ce que je peux bien faire avec mon appareil devant chaque porte. N'ayant pas le temps d'organiser une réunion d'information pour leur expliquer les tenants et les aboutissants de mon étude, je décide de les ignorer. Je m'isole donc mentalement et me replonge dans mes trous.
Chemin faisant, tout en prenant mes photos et mes notes, j'ai conscience du génie de l'intuition freudienne qui avait si bien su expliquer les raisons (inconscientes) du regard de l'enfant à travers le trou de serrure. Cela m'entraîne dans diverses spéculations:
Tous ces trous que je passe en revue, ne peuvent-ils pas être compris comme une symbolisation du sexe féminin? Je m'aperçois ensuite que je dois introduire dans mes photos le système entier d'ouverture/fermeture, donc les loquets, les uns dardés vers le haut, d'autres pendants, certains même cassés! Oui c'est certain, ces appendices sont les compléments naturels des trous (de serrure).
Je creuse cette idée. J'entrevois le symbolisme de certaines tâches de rouille, représentantes de l'impureté féminine périodique. Je prends alors conscience que la serrure et son compagnon le loquet, réunis sur une même entrée, sont le symbole même de la vie, de la création de la vie. Une étude attentive des serrures doit révéler le caractère du propriétaire. |
![]() |
||||
![]() |
|||||
|
Je vais fébrilement pour noter cette géniale conclusion, quand je me fais interpeller par un homme, en chemise par ce froid!
Il me regarde, regarde mon appareil et me demande sur un ton plein de sous-entendus: - Monsieur, pouvez-vous me dire ce que vous faîtes?
Surprise!... inter location! ...
Que dois-je répondre? J'hésite, vu la dégaine et le ton du bonhomme, à me lancer tout de go dans une claire explication scientifique de mes travaux, sentant bien que je ne vais pas être compris. Je décide donc de m'en tenir à la simple description de mes actions
- Je photographie les trous de serrure des maisons de la grand'rue
Je sens chez lui un léger étonnement, il me regarde, regarde encore mon appareil, danse d'un pied sur l'autre, va pour parler... Je lui montre alors la photo que je viens de faire.
- Oui mais là vous venez de photographier la banque et pour des raisons de sécurité, ce n'est pas possible, vous devez l'effacer.
J'hésite, pour quelles raisons je pourrais ne pas photographier un bâtiment public et même sa serrure qui est là, au vu et au su de tout le monde? Mais je pense aussi que cette photo n'est pas absolument nécessaire, j'ai par ailleurs une ample moisson. Conciliant je lui montre que j'efface cette photo et pour le rassurer sur mes intentions je lui montre une série de serrures que je viens de photographier lui expliquant que ce sont là des serrures de particulièrs et que je les conserve donc dans mon appareil. Il regarde mes photos et lève vers moi un regard que je ne sais définir, curieux... inquiet, ... effaré, ... simplement étonné... En tous cas je suis sûr qu'il n'a pas saisi toute la portée de ces photos. Je le salue donc aimablement et passe mon chemin, tandis qu'il m'explique encore une fois que sa démarche bla bla bla ...raisons de sécurité ...bla bla bla...
Je remonte alors la rue, méditant sur les difficultés matérielles inhérentes à tout travail qui se veut scientifique Et c'est en haut de cette rue qu'une bouffée de calme m'envahit, quand la rue débouche, s'ouvre, s'épanouit sur la mer. Le bleu du ciel après l'ombre des trous me ravi.
Et que vois-je alors? Une pancarte plantée dans le sable
Mon coeur s'enfle de joie. (Pourvu que Sarkozy ne l'apprenne pas.) |
|||||
| retour | |||||